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TALK Branding et RSE : les leçons de 6 entreprises qui font vraiment

Retour sur le Talks #3 by Maison A, au Centre de conférence Verso (Paris 9e)

Comment marquer les esprits durablement pour sa marque ou ses événements ? C'est la question qui traverse toute cette matinée d'avril, au cœur du 9e arrondissement de Paris. Six entreprises aux parcours très différents, réunies autour d'une même conviction : les engagements RSE ne sont plus une option, et ils doivent se vivre dans l'identité de marque comme dans les événements.

Mais avant de parler stratégie, il y a d'abord un lieu, un café, et des visages.

8h30 L'Atrium du Verso, le petit déjeuner

On arrive au Verso, centre de conférences niché au cœur de Paris. L'Atrium nous accueille sous sa grande verrière lumineuse, un espace de 300 m² baigné de lumière naturelle. Les tables du petit-déjeuner sont dressées avec soin, les viennoiseries sont encore chaudes, le café circule. L'ambiance est chaleureuse, détendue. On repère des visages familiers, on en découvre d'autres. C'est le principe de ces Talks by MAISON A : un temps d'accueil généreux pour faire connaissance, échanger quelques mots avec les intervenants avant même que le talk ne commence. Des conversations naissent spontanément entre participants, entre curieux et habitués.

MAISON A, marque événementielle d'Arpège Paris (groupe Elior Derichebourg), a pensé chaque détail de cette matinée. Gastronomie locale et de saison préparée par une brigade de chefs engagés, vaisselle réutilisable, tri sélectif, don alimentaire. Exigence, personnalisation et art de recevoir, c'est leur signature. Valérie Taieb, directrice événementielle de MAISON.A, et l’équipe MAISON.A circulent entre les groupes, accueillent, mettent en lien. Ce sont elles qui ont voulu ce format de Talks pour créer du lien entre professionnels autour de sujets de fond.

Le propos du talk autour du branding et de la RSE a été proposé par Amandine Juston, co-fondatrice de Betrue Agency, agence de branding spécialisée dans l'accompagnement de marques positives, celles qui s'engagent concrètement dans l'écologie, l'éthique et les enjeux sociétaux. Ce n’est pas un hasard si Betrue accompagne d'ailleurs MAISON.A dans leur communication. Tous les intervenants du jour ont été sélectionnés pour leurs démarches et leurs engagements. 

09h00. L'auditorium. Le talk commence.

On descend dans l'auditorium du Verso. 224 fauteuils aménagés en pente douce, un espace parfaitement insonorisé, confortable et moderne. L'écran s'allume. Valérie Taieb prend la parole pour ouvrir la matinée et poser le décor.

Puis une phrase apparaît à l'écran : « Toutes les marques n'ont pas besoin de mettre leur RSE en avant. »

Pas franchement ce qu'on attend pour ouvrir une matinée sur la RSE. Et c'est justement ce qui donne le ton d'un échange sans langue de bois.

D'abord, une question d'équilibre

Amandine Juston prend le relais avec un visuel simple qui résume le dilemme : d'un côté, des entreprises qui font des choses formidables mais dont la marque ne dit rien. De l'autre, des marques qui en font trop, au risque du greenwashing. Un équilibre à trouver.

La vraie question, pose-t-elle, n'est pas « comment rendre ma RSE visible ? » mais « est-ce que mes engagements doivent réellement être perçus dans mon identité ? ». La réponse n'est pas toujours oui.

Une marque, aussi engagée soit-elle, doit d'abord penser sa promesse, sa valeur ajoutée, sa personnalité. L'engagement écologique ou sociétal ne peut plus être au centre du positionnement. Au vu du contexte climatique et des enjeux auxquels nous faisons tous face, c'est devenu un prérequis. Ce n'est pas ce qui vous distingue, c'est ce qui prouve que vous êtes sérieux.

Les engagements sont une réassurance, une preuve. Ils doivent être placés dans la communication au bon niveau : ni invisibles, ni en vitrine.

Pour illustrer, Amandine rappelle les trois dimensions du branding, souvent confondues : ce que vous dites (identité verbale : ton, vocabulaire, promesse), ce que vous montrez (identité visuelle : symboles, couleurs, univers graphique), ce que vous faites (identité comportementale : partenariats, événements, choix de fabrication). C'est dans l'alignement de ces trois niveaux que se joue la crédibilité d'une marque engagée.

Puis vient le moment d'introspection. Quatre questions s'affichent à l'écran, et Amandine invite chacun dans la salle à se les poser pour sa propre marque :

  1. Qu'est-ce que mes clients viennent vraiment chercher chez moi ? Mes engagements rendent-ils mon expertise plus qualitative, mon positionnement plus différenciant ?
  2. Mes engagements sont-ils liés à ma mission, ou parallèles ? Si c'est lié au cœur de métier, ça doit transpirer dans toute la marque. Sinon, trouver la juste place sans forcer.
  3. Mes supports reflètent-ils ce que je fais réellement ? Site, plaquette, LinkedIn… C'est là que le décalage se voit le plus.
  4. Mes équipes pourraient-elles résumer notre démarche en une phrase ? Si oui, c'est incarné. Sinon, il y a un sujet d'alignement interne avant d'être un sujet de communication externe.

Un silence dans la salle. Ces questions font mouche. « Après l'introspection, écoutons… » lance Amandine. Place aux témoignages.

Realease Capital : quand le label structure la démarche et le branding aligne la marque

L'écran diffuse une vidéo.

Céline Caudoux, Directrice Communication & Marketing de Realease Capital, témoigne depuis les locaux de son entreprise. Realease Capital propose des solutions de leasing pour favoriser l'économie circulaire auprès des entreprises. Cela met l’accent sur une autre consommation, l’usage plutôt que la possession. Une économie plus vertueuse autant économiquement que écologiquement, et aussi plus agile pour la performance des entreprises.

Leur démarche RSE a été structurée en interne grâce au processus de labellisation EcoVadis, qui a permis de formaliser et d'organiser des engagements qui existaient déjà mais manquaient de cadre. Puis le travail de branding mené avec Betrue a permis d'aligner la marque sur cette démarche, de rendre l'engagement visible et lisible pour les clients et partenaires. Le branding a aussi été décliné pour Realease Medical, marque miroir de Realease Capital, avec un environnement coloriel distinct pour marquer le positionnement spécifique de chaque offre tout en conservant la cohérence du groupe.

Le témoignage de Céline montre bien la complémentarité : le label structure en interne, le branding traduit en externe.

Flowbow : inscrire ses convictions dans ses statuts

Willem Rodier, CEO de Flowbow, spécialiste de la digitalisation des formations, prend la parole en présentiel. Son énergie et sa franchise marquent immédiatement.

Flowbow est devenu entreprise à mission en 2025. Willem explique que ce statut, issu de la loi PACTE, est finalement assez accessible : on définit sa mission d'entreprise, on se fixe ses propres KPI, et on est régulièrement audité par un organisme tiers indépendant. Pour les entreprises de moins de 50 personnes, un référent de mission suffit.

L'engagement de Flowbow se situe du côté social : le développement des compétences et la formation chez l'adulte. Ils ont rattaché un projet existant, l'Astrolabe (une école pour adultes), et professionnalisé leur programme de mécénat de compétences : appel à projets public, quarante candidatures reçues, tri, vote interne des salariés, rencontre avec les finalistes, édition des conventions.

Willem identifie trois effets concrets. Pour les fondateurs : le sens, ancrer la raison d'être de l'entreprise. Pour l'interne : un vrai attachement des équipes, qui participent à incarner les valeurs ; un levier de fidélisation et de diversité des projets. Pour l'externe : un atout en prospection. Être face à des clients et prospects avec un statut d'entreprise à mission, ça compte.

Le site internet et l'optimisation de la charte graphique de Flowbow avaient d'ailleurs été refaits par l'agence Betrue en 2024, un travail d'alignement cohérent dans les actions de la marque au côté de ce nouveau statut.

La transition : de la marque à l'événement

Amandine et Valérie reprennent la parole pour faire le lien entre la première et la deuxième partie du talk. « Une marque responsable doit se vivre. Quel meilleur terrain que l'événement pour le prouver ? »

L'idée est simple : l'événement est le moment où tout se voit. Que ce soit un événement externe (clients, partenaires) ou interne (séminaires, team building), chaque décision raconte ce que la marque croit et ce qu'elle fait. Le choix du lieu, des prestataires, des formats, de l'expérience proposée… tout cela construit ou fragilise la confiance. L'événement n'est pas un poste budgétaire, c'est un acte culturel.

On sent dans la salle que cette transition résonne. Plusieurs participants acquiescent. On passe des slides aux histoires vécues.

MAISON.A : quand l'hôte incarne ses propres convictions

Au tour de Valérie Taieb de témoigner. Cette fois, ce n'est plus l'organisatrice qui s'exprime, c'est la professionnelle de l'événementiel qui partage sa vision. Et on sent la passion.

MAISON A opère dans quatre lieux parisiens emblématiques, dont le Verso qui nous accueille ce matin. Avec 1 394 événements réalisés en 2024, huit events managers et quatre-vingt-dix maîtres d'hôtel, la maison place l'art culinaire et le sur-mesure au cœur de chaque prestation. Mais ce qui distingue MAISON.A, c'est la conviction que l'événementiel peut et doit être écoresponsable sans sacrifier le plaisir ni la créativité.

Valérie fait écho au discours du matin sur l'importance de l'alignement entre marque et engagements. Elle insiste sur l'intérêt de bien s'entourer pour aller plus loin dans les démarches. MAISON.A sélectionne des prestataires français spécialisés dans la décoration et l'art de la table qui favorisent des pratiques durables. La maison adopte des solutions concrètes : vaisselle réutilisable, fontaines à eau, menus végétaux, gastronomie locale et de saison, et soutien au don alimentaire.

C'est précisément pour cette raison que Maison A travaille avec des partenaires comme SavR et Kaspia Réceptions : des acteurs choisis pour leurs engagements, pas seulement pour leur offre. Valérie annonce aussi que MAISON.A vise l'obtention prochaine du certificat d'excellence opérationnelle Capital.E, délivré par Bureau Veritas, et s'engage sur les normes ISO pour l'ensemble de ses événements.

Son message est limpide : la RSE peut rimer avec émotion, avec élégance. Ce n'est pas un renoncement, c'est un cadre qui pousse à être plus inventif. Et c'est ça qui crée des expériences dont on se souvient.

SavR : transformer le gaspillage en solidarité

Louis de la Barthe, co-fondateur de SavR, prend le micro avec des chiffres qui interpellent la salle. Dans l'événementiel, en moyenne, un repas sur dix part à la poubelle. En parallèle, un Français sur cinq ne mange pas à sa faim (étude Crédoc, mai 2023). Le paradoxe est frappant.

Pourquoi ce gaspillage persiste-t-il ? Louis identifie trois freins qui reviennent systématiquement chez les professionnels : « Je ne sais pas à qui donner », « Je n'ai pas le temps », « C'est trop risqué ». SavR a été conçu pour lever ces trois obstacles, un par un.

Le fonctionnement est concret : l'organisateur ajoute SavR sur le devis client (à partir de 150 invités), programme la collecte en quelques clics depuis la plateforme, et un chauffeur en véhicule frigorifique vient récupérer les excédents, jour et nuit, 24h/24, 7j/7, dans toute la France et en Belgique. Les denrées sont livrées à une association locale du quartier, reconnue d'utilité publique, équipée de chambres froides et dotée de personnel formé à la distribution alimentaire. Le lendemain, l'organisateur reçoit un rapport d'impact complet : photos, poids collecté, nombre de repas redistribués, informations sur l'association bénéficiaire.

Depuis 2020, SavR a réalisé plus de 850 collectes, sauve 1,5 tonne de nourriture par an et redistribue plus de 30 000 repas aux associations chaque année. La solution aide aussi les organisateurs à répondre aux exigences de la norme ISO 20121 et à bénéficier de réductions fiscales (défiscalisation à 60 %). SavR a été mobilisé lors des JO de Paris 2024 sur l'ensemble des lieux d'épreuve.

Dans la salle, on sent que le témoignage de Louis touche. Parce que c'est concret, parce que c'est simple, et parce que ça démontre exactement ce que le talk cherche à faire passer : agir n'est pas si compliqué, à condition d'avoir les bons outils et les bons partenaires.

FHG : quand la RSE précède le mot RSE

Dominique Julo, Président de French Hospitality Group (FHG), clôture les témoignages avec un recul de plus de vingt ans dans le métier. FHG réunit des maisons complémentaires au service de l'événementiel et de la gastronomie : Kaspia Réceptions (maison parisienne depuis 1927), Kardamome (traiteur raisonné), Duquesne (location de vaisselle et mobilier événementiel) et Bright Kitchen (laboratoire de production culinaire). Trois valeurs portent ces maisons : le sens du travail bien fait, la créativité et la responsabilité.

Ce que Dominique raconte, c'est que lorsqu'il a créé son entreprise, on ne parlait pas encore de RSE. Il a simplement voulu faire les choses bien : sourcing responsable, respect des équipes, qualité des produits. Pas pour une stratégie d'image, mais parce que c'était la bonne manière de travailler. Cette démarche a permis à FHG de se différencier sur un marché concurrentiel en proposant plus de valeur à ses clients. La RSE n'était pas un objectif de communication, c'est devenu avec le temps un avantage compétitif réel et un levier de performance pour la marque.

Son témoignage illustre parfaitement le fil rouge de la matinée : quand l'engagement est sincère et antérieur à toute stratégie d'image, il crée une cohérence que les clients perçoivent naturellement. La confiance n'est qu'une conséquence bénéfique, pas un objectif en soi. Et si c'est plaqué, si c'est faux, ça se sent.

Ce qui ressort de cette matinée

Les échanges entre intervenants tout au long du talk ont fait émerger une transparence et une humilité partagées. Personne n'a prétendu avoir tout résolu. Tout le monde a partagé ce qui marche, ce qui est plus difficile, et pourquoi ça vaut le coup de continuer.

Quatre convictions traversent tous les témoignages :

Intégrer la RSE dans son ADN, pas dans sa plaquette. C'est une manière de fonctionner, pas un chapitre de rapport annuel.

Assurer la cohérence entre ce qu'on dit, ce qu'on montre et ce qu'on fait. C'est dans cet alignement que naît la confiance.

Assumer la transparence et l'humilité plutôt que la perfection. Ce qui compte, c'est de montrer qu'on avance.

Sans confiance, pas d'impact durable. Et la confiance ne se décrète pas. Elle se construit, acte après acte, événement après événement.

Et vous ? Deux questions supplémentaires à se poser

Aux quatre questions d'introspection posées en début de talk, les témoignages de la matinée en ajoutent deux :

5. Mes partenaires et prestataires sont-ils alignés avec mes engagements ? L'événementiel le révèle immédiatement : le choix du lieu, du traiteur, des outils raconte autant que le discours.

6. Ma démarche est-elle née d'une conviction ou d'une obligation ? La réponse se sent. Et elle détermine la confiance qu'on vous accorde.

9h45. Questions/réponses, puis un dernier café

Le talk se termine, mais la matinée ne s'arrête pas. On remonte dans l'Atrium pour un dernier café, et les conversations reprennent là où le petit-déjeuner les avait laissées. Des cartes s'échangent, des idées de collaboration se dessinent, des contacts se prennent. Quelques participants s'attardent avec les intervenants pour approfondir un sujet.

C'est peut-être ça, finalement, la meilleure illustration de ce qui s'est dit ce matin : une marque responsable ne dit pas qu'elle fait bien les choses. Elle le montre. Et elle le fait vivre. Pour marquer les esprits durablement, dans sa marque comme dans ses événements, il faut créer des moments vrais. Des expériences que l'on ressent, que l'on retient, que l'on partage.

Ce matin au Verso, c'est exactement ce qui s'est passé.

Les intervenants du Talks #3 :